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Des enduits comme au XVIIe siècle — la galerie (1/3)

Dernière mise à jour : 7 avr.

Avant d’entrer dans le détail, disons simplement que ces pages n’ont d’autre ambition que de partager une expérience. Rien d’académique ni de définitif : seulement des choix. Il ne s’agit ni d’un traité, ni d’une étude archéologique, mais plutôt de quelques recettes éprouvées au fil du chantier, avec leurs hésitations, leurs ajustements et parfois leurs partis pris. Si elles peuvent, chemin faisant, éclairer ou inspirer ceux qui restaurent à leur tour, alors elles auront pleinement rempli leur rôle.


La petite galerie des Muses du Château de La Villaumaire.
La petite galerie des Muses du Château de La Villaumaire.

L’esprit du lieu

Les fouilles ont révélé qu’à l’emplacement de l’actuelle galerie se dressaient, entre le XIIIe et le XVe siècle, une tour ronde et un escalier descendant vers des caves troglodytiques — mais ceci est une autre histoire, qui méritera son propre récit.


Au XVIIe siècle, ces structures furent détruites au profit d’une petite galerie, plus conforme aux usages résidentiels de l’époque. Au début du XXe siècle, la vicomtesse de La Rochefoucauld transforma cet espace en deux pièces distinctes : une petite salle à manger et un office. Puis, au milieu du siècle, les colonies de vacances y installèrent une salle de plonge, reléguant définitivement le lieu à un usage utilitaire.


Le projet s’est donc imposé avec évidence : retrouver l’unité et l’esprit de la galerie telle qu’elle avait été pensée au XVIIe siècle.


Le problème à résoudre

Les murs, constitués de moellons et de briques initialement enduits à la chaux, avaient été recouverts au XXe siècle d’un enduit de plâtre, lui-même chargé de plusieurs couches de peinture. Les premières, probablement du temps de la vicomtesse, étaient dans des tons sobres, gris souris et mats. Les suivantes, issues de la période des colonies, étaient des peintures glycérophtaliques brillantes — choix compréhensible pour des raisons d’hygiène, ces surfaces étant plus facilement lessivables.


Mais ce revêtement, outre une esthétique plus que discutable, posait deux problèmes majeurs.

D’abord, filmogène, il emprisonnait l’humidité remontant par capillarité depuis le sol, provoquant cloques et décollements. Ensuite, il accentuait les phénomènes de condensation : au printemps, l’air humide et chaud — entrait en contact avec des murs restés froids, entraînant un ruissellement constant et l’apparition de moisissures.


La première mission de l’enduit était donc claire : rendre aux murs leur capacité à respirer, tout en leur redonnant une apparence compatible avec une pièce du XVIIe siècle.


Le choix historique

Le choix du matériau s’est imposé naturellement : la chaux.

Nous avons opté pour une chaux aérienne, plus respirante et particulièrement adaptée à la pierre de tuffeau. Dans notre cas, il s’agissait d’une chaux aérienne dolomitique éteinte (type Batidol de Weber), mais d’autres références auraient parfaitement convenu.


Restait la question de la couleur.

Le XVIIe siècle affectionnait les teintes franches et les jeux de complémentaires — une esthétique qui peut surprendre aujourd’hui, tant elle évoque des palettes que l’on qualifierait volontiers de « méditerranéennes », mais qui étaient alors parfaitement en usage. Le plafond de la galerie ayant été conçu dans des dominantes bleues, le choix de la "complémentaire", à savoir un jaune s’est donc imposé. Mais pas un jaune éclatant : il fallait une teinte sourde, patinée, presque fanée par le temps.

C’est finalement une référence inattendue qui a servi de guide : le décor de l’appartement de Paul Scarron dans la série L’Allée du Roi, réalisée par Nina Companeez. On y trouvait exactement ce ton juste, à la fois chaud et retenu.


La technique

Une fois les murs débarrassés de leur plâtre et soigneusement brossés, leur irrégularité naturelle a permis de se passer d’une couche d'accroche : le gobetis.

Nous avons donc appliqué directement un corps d’enduit d’environ un centimètre d’épaisseur, composé de :

  • 3 parts de sable de rivière local (granulométrie 0/2)

  • 1 part de chaux aérienne

  • 10 % du poids de la chaux en ocre jaune (Nota : les différentes terres ont été acquises auprès de la Société des Ocres de France dans le Vaucluse)

Cet enduit a été projeté à la truelle puis taloché.


La "cuisine" du stucateur...
La "cuisine" du stucateur...

Après une semaine de prise, nous avons abordé la couche de finition — la partie la plus délicate, celle qui donne au mur son caractère.

La composition s’inspire d’un stuc, avec une adaptation notable : la poudre de marbre a été remplacée par de la poudre de tuffeau, obtenue en concassant des moellons à la masse, puis tamisée très finement (0/1). Travail long, mais décisif pour la cohérence du matériau.

Le mélange était le suivant :

  • 3 parts de poudre de tuffeau

  • 2 parts de chaux aérienne

  • 1 part de colle (afin d’éviter farinage et faïençage)

  • 10 % d’ocre

Deux préparations ont été réalisées :

  • l’une teintée à l’ocre jaune (jaune foncé)

  • l’autre à la terre d’ombre naturelle


L’application s’est faite à la truelle vénitienne, en deux couches très fines, de l’ordre du millimètre chacune. Toutes les quatre à cinq passes de jaune, une passe d’ombre venait rompre la régularité. L’ensemble a ensuite été ferré très serré, comme un stuc.


Le détail qui change tout

Ce qui donne à cet enduit son caractère, ce n’est pas la teinte elle-même, mais son irrégularité. Le mélange subtil et aléatoire des deux couleurs crée une vibration de surface, presque imperceptible, mais essentielle. C’est elle qui rompt l’effet neuf et donne immédiatement au mur une présence ancienne.


Concession à la modernité : la lumière électrique...
Concession à la modernité : la lumière électrique...

Le résultat et le regard

Le dialogue des couleurs s’est révélé particulièrement juste.

Le velouté jaune de l’enduit répond au bleu mat du plafond et satiné des textiles, tandis que la plinthe en faux marbre introduit une note rouge qui résonne avec le sol et les huisseries. Quant au mobilier, le ton brun foncé de leur bois, ancre l’ensemble.


Le choix du mobilier n’est pas anodin : uniquement des pièces à tournage en spirale, caractéristiques du style Louis XIII — ou de ses reprises au XIXe siècle — afin de maintenir une cohérence d’ensemble.


Au final, sans chercher la reconstitution parfaite, la galerie retrouve une justesse d’atmosphère. Rien n’y est démonstratif, mais tout concourt à une évidence silencieuse.


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